C'est par là

vendredi 14 septembre 2007

Histoires de pneus et de vache

Il était environ 16h quand Guillaume et moi avons quitté Santo Domingo en direction de La Descubierta, petit village situé à l´extrême ouest du pays. Nous avons pris un fameux ¨guagua¨, ce qui veut dire que nous sommes plus de passagers qu´il y a de places disponibles; nous arrêtons un peu partout pour tenter de convaincre des gens de monter avec nous (j´emploie vraiment le mot convaincre, pour ne pas dire forcer presque des passants à entrer dans le bus) et le chauffeur conduit généralement son propre autobus. C´est donc dire qu´il n´y a pas de compagnie distinctive, pas d´horaire fixe et que le chauffeur et son cobrador (assistant-aide) font tout pour garder le plus de monde à bord, question d´empocher le plus d´argent. Qui pourrait leur en tenir rigueur?



À l´intérieur du bus, il fait chaud et l’on se croirait en Haïti: on parle créole, on crie, on se chamaille à propos des bagages et la majorité des passagers viennent effectivement d´Haïti, puisque le bus se rend jusqu´à la frontière. Nous roulons depuis déjà une heure et une odeur de caoutchouc brûlé se fait de plus en plus persistante. Les gens commencent à regarder par la fenêtre, on craint le pire, et oui: le pneu est en feu! Nous nous arrêtons dans un garage dans la ville de Baní pour découvrir qu´en fait, ce sont les freins qui semblent collés... ça augure bien! Guillaume et moi nous nous installons sur des chaises, en face d´un petit dépanneur, bien résignés à patienter quelques heures: paraît que c´est le dernier guagua.. De toute façon, le chauffeur ne nous aurait certainement pas laissé partir! Et bien voilà qu´après à peine une demi-heure, le guagua est prêt à repartir.. Efficaces ces Dominicains en matière de changement de frein.. On aurait dû se douter de quelque chose! 45 minutes plus tard, même histoire, même odeur de caoutchouc brûlé.. Ils n´ont même pas réparé le bus! Ils n´ont fait que tirer un peu d´eau et boucher le trou avec du tape (car finalement, paraît qu´on perdait du liquide à break, mais vous demanderez à Guillaume, c´est lui l´expert!) Alors nous avons dû nous arrêter encore, cette fois pour un peu plus qu´une demi-heure, dans la ville d´Azua. Nous craignions ne plus pouvoir nous rendre à destination voire même devoir passer la nuit dehors! Bien, non, nous sommes repartis encore une fois, sachant que tout pouvait arriver et surtout, doutant de l´efficacité dudit frein advenant un accident. Mais bon, après quelques heures de route sur un chemin rocailleux, nous sommes parvenus à La Descubierta avec un peu plus de deux heures de retard.



Après une bonne nuit de sommeil, un déjeuner de pain, de fruits frais et de café et une ¨ride¨ dans la boîte d´un pick-up, nous sommes partis en bateau visiter le lac Enriquillo et la Isla Cabritos. Le lac est situé à 30 mètres sous le niveau de la mer, est rempli d´eau sulfureuse salée (3 fois plus que la mer des Caraïbes) et l’on peut y voir différentes espèces d´oiseaux et des crocodiles. Pour ce qui est des oiseaux, nous en avons vu plusieurs, dont de magnifiques flamants roses. Mais pas de chance, les crocos semblaient endormis, nous n´avons pu qu´entrevoir une partie d´un bout de nez au loin… Sur l´île règne une ambiance désertique. En fait, c´est vraiment un jardin de cactus. C´est aussi le royaume des iguanes rhinocéros et ricord. Il y en avait partout! J´ai aussi pu voir un charmant petit scorpion. Et quelle chaleur! Pouah!



Retour sur la terre ferme, on attrape une bola (un lift) dans la boîte arrière d´un pick-up : façon économique et plutôt excitante de se déplacer de village en village. Le paysage autour du lac est magnifique. Revenus à La Descubierta, on visite un peu les alentours, le parc et la piscine naturelle d´eau sulfureuse. Nous prenons un guagua direction Jimaní, ville frontière avec Haïti. On s´insère, on s´entasse à l´intérieur et à peine partis, une odeur de caoutchouc brûlé se fait sentir : ma foi, c´est une plaie ici! Cette fois, le pneu est vraiment en feu! Changement rapide et nous sommes partis. Le tour du lac offre une vue superbe sur les montagnes et sur la végétation qui borde la route.

On débarque à Jimaní, directement aux lignes frontalières. Là, c´est complètement un autre monde. Des vendeurs de cossins pas chers se côtoient avec les gardiens de sécurité armés et les centaines d´Haïtiens qui font le va-et-vient entre les deux pays. On se balade un peu, traverse sans problème, prend quelques photos et retourne au village où l´on espère trouver une bola pour continuer le tour du lac et se rendre à Duverge, en passant par La Surza, question de se baigner dans une piscine naturelle d´eau sulfureuse (paraît que c´est bon pour la peau, mais laissez-moi vous dire que ça sent les œufs!). L´option ¨boîte de pick-up¨ nous tentait pas mal, mais malheureusement, on a dû prendre un bus. Tout le long du chemin, on arrête aux nombreux postes frontaliers. Tous les Haïtiens doivent descendre, montrer leur carte d´identité, parfois même payer pour qu´on les laisse passer. Et ça, même s´ils sont nés en République. Le gouvernement veut contrôler l´immigration clandestine, quant à moi, tout ça ressemble souvent à du racisme.



Tout ce passe bien jusqu´à Duberge, de là, on trouve même une boîte de pick-up pour faire le reste du voyage jusqu´à Barahona où l´on passe la nuit. On s´endort tôt ce soir-là, ce fut une journée bien remplie.

Le lendemain, départ aux alentours de 6h du mat pour aller visiter la Laguna Oviedo, sur la côte sud-ouest. Nous partons avec Wagner, mon superviseur de stage et hôte à Santo Domingo. On fait un arrêt dans son village natal, La Colonia pour prendre un café chez sa tante. Après un déjeuner de galettes et de fromage, on part visiter la lagune, immense trou d´eau salée de 28 km2 rempli de ce qui m´a paru être de l´argile (barro en espagnol). Un vrai plaisir pour les pieds de marcher là-dedans! Là encore nous avons aperçu différentes espèces d´oiseaux.



Nous visitons ensuite Pedernales, ville frontalière la plus au sud. Sur le chemin en s´y rendant, le paysage est à couper le souffle, tantôt la mer turquoise et bleu foncé à la fois, tantôt d´anciens champs de coton ou encore de grandes parois de terre rouge. Le chemin est sinueux et nous devons parfois contourner des obstacles tel qu´un pont abandonné en plein milieu de sa construction, 7 ans auparavant : les ingénieurs se sont rendu compte trop tard que ce projet ne marcherait pas, ils ont arrêter et tout laisser comme ça.. C´est tellement typique!! ☺

Après un dîner à Pedernales et une visite du magnifique Malecón (bord de mer), nous partons pour Bahía de las Aguilas, la fameuse plage déserte du sud de la République. Pour s´y rendre nous devons parcourir une bonne distance sur un chemin mal entretenu. Mais la plage en vaut la peine : des kilomètres de sable blanc, une eau clair et de différent ton de bleu et surtout, aucun resort, hôtel ou touriste ivre de piña colada. J´ai ramassé de gigantesques coquillages et une grosse étoile de mer que j´ai nommé Patricio (ceux qui connaissent Bob l´Éponge comprendront pourquoi). La journée n´a pas été des plus ensoleillées, malheureusement, mais on a vraiment eu du bon temps. Á côté de nous, les martins-pêcheurs plongeaient pour attraper de petits poissons argentés, un spectacle impressionnant. Vers 18h, surpris par la pluie qui s´est avancé sur nous comme un voile scintillant, nous avons repris la route vers La Colonia. En chemin, comble du malheur, nous avons eu un problème de pneu! Hé oui! Mais il n´a pas pris en feu cette fois là, on a eu une crevaison. Toute une histoire car nous étions sur un chemin désert et n´avions pas les outils nécessaires… On s´en est finalement bien sortis en demandant de l´aide dans une petite cabane de gardiens trouvé pas trop loin. Merci à Guillaume qui s´est sali les mains pour nous sauver!



Nous avons donc encore une fois repris la route, espérant que tout se passe bien. Sur le chemin qui faisait plein de grandes courbes, on n´y voyait pas grand-chose car il faisait nuit noire. Tout semblait sous contrôle quand, bang, sans prévenir nous heurtons une vache de plein fouet! Hé oui, nous avons bel et bien fauché une vache qui était couchée au beau milieu de la rue. Elle n´est pas morte sur le coup en plus, la pauvre. Les hommes ont réussis à la mettre sur le bord de la route. Je crois qu´elle était morte à ce moment-là. Pauvre vache…

Et nous voilà repartis, angoissés, avec un silencieux rendu bruyant, une direction tout croche et un pare-choc amoché mais avec quatre pneus intacts.

Et présentement, je suis saine et sauve à Santo Domingo et je fais attention aux voitures.

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